"Les maladies industrielles suscitent des mobilisations assez larges"

Entretien avec Paul Jobin, sociologue, maître de conférences à l'université Paris-Diderot
Propos recueillis par Isabelle Mahiou
Santé & Travail n° 093 - janvier 2016
couverture
Travailler avec une maladie chronique
janvier 2016

Vous étudiez les mobilisations autour des questions de santé au travail et de pollution en Asie. Comment les deux s'articulent-elles ?

Paul Jobin : Tout le problème, c'est comment un aspect peut faire levier pour l'autre. Dans le cas de l'amiante au Japon, il y a eu des mobilisations pour les victimes de maladies professionnelles à partir des années 1980, mais il a fallu le choc Kubota en 2005 pour que le scandale éclate et que la fibre soit interdite. De retour d'un congrès pour l'interdiction de l'amiante, des participantes s'étaient rendu compte qu'elles habitaient le même quartier, proche de l'usine de ce fabricant de canalisations en fibrociment. Après une petite enquête, elles ont dénombré beaucoup de malades. Il s'en est suivi une mobilisation locale, qui a fait pression sur l'entreprise. Mais celle-ci a pris de court le mouvement en annonçant qu'elle indemnisait les riverains et les employés atteints d'un mésothéliome ! L'exposition environnementale avait transformé le toxique en danger public.

Le cas de Minamata reste à part : un syndicat de l'usine d'électrochimie Chisso s'est impliqué auprès des victimes de cette catastrophe qui touchait d'abord les familles de pêcheurs, à cause des rejets de mercure dans la mer. Il a trouvé une cohérence entre la lutte pour le maintien de l'activité et celle pour la reconnaissance des malades et il a engagé ensuite la bataille sur les maladies professionnelles. On peut parler pour le coup de "cause commune".

Les batailles sont souvent séparées…

P. J. : Dans le cas de RCA, à Taiwan [propriété de Thomson, alias Technicolor, NDLR], peu après la fermeture du site de Taoyuan en 1992, on s'est aperçu que les terrains et la nappe phréatique étaient très pollués par des solvants. Ce "coming out" des toxiques a incité les ouvrières à faire leur enquête. Leur mobilisation a débouché sur un recours qui a conduit à une condamnation et une offre d'indemnisation… en 2015. Les ouvriers sont les moins susceptibles de déclencher une prise de conscience générale. Mais, parfois, il se passe quelque chose qui établit une passerelle entre environnement et maladies professionnelles.

Et aujourd'hui ?

P. J. : Les maladies industrielles suscitent à présent des mobilisations assez larges. Comme en Corée du Sud, chez Samsung. Le fait remarquable est la multiplication des ONG du travail qui soutiennent les salariés. Elles forment un réseau interasiatique et elles commencent à se rapprocher des ONG environnementales. Mais les systèmes juridiques où s'inscrit la défense des plaignants ont tendance à cliver les deux dimensions.

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