Indonésie: dix ans pour une démocratisation réussie

Delphine Alles, Sciences Po-Céri
Alternatives Internationales n° 043 - juin 2009
couverture
OGM : comment ils conquièrent le monde
juin 2009
Indonésie : le plus grand pays musulman

Après les élections législatives d'avril, l'Indonésie vient d'élire son troisième président depuis la chute de Suharto. Mais la crise économique réveille la nostalgie du régime autoritaire, et la question de l'islam politique se pose avec une acuité renouvelée.

Article paru dans Alternatives Internationales -  n°43 (juin-août 2009)

Pour la troisième fois depuis la chute du général Suharto en 1998, la fièvre démocratique s'est emparée de l'Indonésie. Le 9 avril dernier, des élections législatives et locales se sont déroulées dans les 33 provinces du pays. Elles ont départagé 38 formations politiques, donnant une avance certaine au Parti démocrate du chef de l'Etat Susilo Bambang Yudhoyono. Ce dernier se représentera le 8 juillet prochain aux suffrages des 171 millions d'électeurs potentiels (sur 237 millions d'Indonésiens) qui, pour la deuxième fois de leur histoire, éliront leur président au suffrage universel direct. La bonne tenue des scrutins est essentielle pour l'image de marque d'un pays-archipel qui se présente à la fois comme la troisième plus grande démocratie du monde et le premier pays à majorité musulmane. Sur fond de crise économique, de corruption rampante et de lassitude face à une classe politique peu renouvelée, l'enthousiasme tend cependant à s'estomper, avec un taux d'abstention proche de 30%. Des tentations séparatistes en Papouasie (province d'Irian Jaya) ou en Aceh, des tensions ethnoreligieuses en sommeil, sont par ailleurs autant d'épées de Damoclès qui pèsent sur la stabilité de l'Etat. Onze ans après la fin du système Suharto, le chemin parcouru fait cependant de la transition démocratique indonésienne un modèle, sans équivalent à cette échelle.

L'emprise du général-président sur les institutions indonésiennes avait commencé à s'effriter dès les années 1990. Au pouvoir depuis 1967, Suharto se trouve alors confronté à l'érosion de ses soutiens dans l'armée (1), qui voient d'un mauvais oeil la mainmise de sa famille sur les ressources nationales. Il se tourne vers les organisations islamiques, tablant sur leur influence dans un pays où 88% de la population est de confession musulmane. L'entreprise n'est pas aisée car l'islam indonésien est loin d'être unitaire. En supervisant en 1990 la création de l'Association des Intellectuels musulmans indonésiens (ICMI), le président indonésien réintroduit dans le jeu politique un islam jusqu'alors confiné au domaine privé ou à l'unique parti musulman autorisé par le régime (le Parti pour l'unité et le développement, PPP). Ce faisant, il s'attire l'hostilité des sécularistes, mais également la critique d'une partie de l'islam traditionnaliste, dans le sillage d'Abdurrahman Wahid (lire ci-contre) qui refuse de s'associer à cette cooptation (2).

Portrait: Abdurrahman Wahid

Delphine Alles

Petit-fils du fondateur de l'organisation musulmane traditionnaliste Nahdlatul Ulama (NU - Renaissance des oulémas), Abdurrahman Wahid "Gus Dur" commence par suivre le chemin de son père. Dirigeant de la NU à partir de 1984, il s'oppose en 1990 à la tentative de cooptation de l'Islam indonésien par le régime de Suharto à travers l'Association des intellectuels musulmans indonésiens. Actif dans la lutte contre "l'Ordre nouveau", il s'illustre alors dans l'opposition à la dictature. A la chute du régime, il crée le parti PKB (Parti du réveil national).

C'est ce véhicule électoral, crédité de 12% des suffrages aux élections législatives de 1999, qui lui permet de se faire élire à la présidence par les députés face à l'absence de consensus sur la candidature de Megawati. Au pouvoir, il s'attelle à approfondir la transition démocratique mais rencontre l'hostilité de l'armée et se heurte aux critiques combinées de Megawati et des islamistes. Destitué un an et demi après son investiture, sur fond de scandale financier et d'attaques contre son style jugé trop personnel, il doit passer la main à la vice-présidente. Cependant, une partie du clan traditionnaliste lui voue toujours un quasi-culte. A la tête de son Wahid Institute, l'ancien président fait désormais du dialogue entre les civilisations son principal cheval de bataille, notamment au Moyen-Orient où il prône le dialogue avec Israël. A 69 ans, affaibli par sa cécité et contraint de se déplacer en fauteuil, abandonné par des partisans lassés de ses prises de positions parfois fantaisistes, il se trouve aujourd'hui relativement isolé sur la scène politique indonésienne. Il n'est cependant pas résigné à quitter le débat public et vient contre toute attente de déclarer son soutien à la candidature du général Prabowo.

Un système condamné

La crise financière de 1997 vient briser un équilibre déjà fragilisé. Face à la dévaluation de la roupie indonésienne, Suharto doit faire appel au Fonds monétaire international (FMI). La fermeture de seize banques insolvables, dont deux appartiennent à sa famille, provoque un début de panique dans le secteur bancaire et le désaveu du président par ses proches qui refusent d'obéir aux prescriptions du FMI. Le 15 janvier 1998, Suharto doit accepter le plan d'austérité qui condamne son système. Avec la fin des subventions et monopoles nationaux (clou de girofle, papier, ciment…), l'imposition de la transparence fiscale et l'autonomisation de la banque centrale, c'est l'architecture économique et financière, mais aussi l'organisation du régime qui sont ébranlées. "Bapak" ("papa", ou "monsieur") se trouve écartelé entre ses enfants, aux commandes de certains groupes industriels visés par le FMI, et les économistes libéraux qui l'abandonnent car il ne suit pas à la lettre les recommandations de l'institution. Les capitaux fuient le pays. L'onde de choc gagne les milieux étudiants. Ils s'organisent et s'opposent aux forces de l'ordre dans les grandes villes. Le 12 mai 1998, une fusillade fait six victimes à l'université Trisakti de Jakarta. Des émeutes éclatent le lendemain, suivies de deux journées sanglantes pour des Sino-Indonésiens (entre 1% et 3% de la population) pris comme boucs émissaires car ils sont taxés de manque de patriotisme. Certains quittent le pays, les autres se terrent en attendant un couvre-feu imposé par l'armée. Rentré d'Egypte le 16 mai, Suharto constate l'occupation du Parlement par des milliers d'étudiants et se voit contraint d'annoncer sa démission, le 21 mai 1998.

Son successeur, Bacharuddin Jusuf Habibie, est issu du sérail. Vice-président depuis le mois de mars, ministre de la technologie et de la recherche depuis 1978 et président de l'ICMI, il doit poser les jalons de la transition démocratique tout en redressant une économie au bord de la banqueroute. Il lui faut pour cela reprendre le contrôle du pays, différencier la police de l'armée, puis repenser le jeu politique et institutionnel afin de préparer l'Indonésie aux prochaines élections législatives. En un an, le pays connaît une évolution considérable. La parole s'affranchit, la presse s'émancipe. De trois partis autorisés sous Suharto, 148 seront créés et 48 autorisés à participer au premier scrutin démocratique, organisé le 7 juin 1999 pour renouveler un Parlement dans lequel le nombre de sièges réservés aux militaires est diminué de moitié.

La question de l'intégrité territoriale de l'archipel, qui avait justifié tous les autoritarismes depuis le président Sukarno (1945-1967), représente un défi majeur. S'attirant les foudres des militaires et la rancoeur des Indonésiens, Habibie organise un référendum au Timor-Oriental, sur le statut de cette ex-province portugaise, occupée par l'Indonésie depuis le départ des colonisateurs en 1974. Le 30 avril, à la surprise des autorités, les Timorais choisissent l'indépendance. Les forces indonésiennes doivent quitter le pays et s'exécutent sur fond de massacres, tandis que Jakarta redoute l'effet d'entraînement sur d'autres provinces. Cet échec, un scandale financier et les liens qu'il n'a pas désavoués avec l'ancien régime pèsent sur la popularité de Habibie. Son bilan est rejeté par le Parlement en octobre 1999, l'empêchant de briguer sa propre succession.

Portrait: Megawati Sukarnoputri

Delphine Alles

La deuxième fille de Sukarno, père de l'indépendance et premier président indonésien (1945-67), est depuis les années 1990 l'une des figures politiques inamovibles de l'archipel. Née en 1947, Megawati Sukarnoputri ne s'engage en politique qu'en 1986, en rejoignant le Parti démocratique indonésien (PDI), l'un des deux mouvements d'opposition autorisés sous "l'Ordre nouveau" (le régime de Suharto). Nommée vice-présidente du PDI pour la circonscription de Jakarta Centre, elle parvient, malgré un résultat national désastreux pour le parti, à conquérir un siège de parlementaire lors des élections de 1987. Lorsqu'elle se hisse en 1993 à la tête du parti, elle provoque l'ire du gouvernement qui craint cette figure populaire et confortée par l'aura paternelle.

En juillet 1996, des milices assiègent le siège du PDI pour en déloger les partisans de Megawati, qui refusent son remplacement à la tête du parti par un homme de paille. Des émeutes éclatent, préfigurant les troubles qui marqueront la fin du régime Suharto. Le parti se divise entre les partisans de "Ibu" Mega ("madame" ou "maman") et ceux de son adversaire soutenu par le régime. Elle remporte néanmoins une victoire morale et s'impose comme figure de proue de l'opposition.

A la chute de Suharto, elle crée avec ses partisans le Parti démocratique indonésien-Combat (PDI-P) qui remporte 33% des suffrages lors des législatives de 1999. L'opposition des partis islamiques, qui refusent l'idée d'une femme présidente et dénoncent ses pratiques religieuses javanisantes - on la taxe d'hindouisme -, lui ferme cependant la porte du palais présidentiel. Megawati doit se contenter du siège de vice-présidente. Bénéficiant de la campagne de sape orchestrée par les partis islamiques déçus par Wahid, elle parvient à remplacer ce dernier en juillet 2001. Mais est critiquée pour sa légèreté dans la conduite de l'Etat. Battue au suffrage universel en septembre 2004, Megawati s'illustre dans l'opposition par un populisme de gauche teinté de nationalisme, portant l'empreinte d'un Sukarno qu'elle ne manque d'ailleurs jamais de convoquer, en arrière-plan, sur ses affiches électorales.

Le 20 octobre 1999, Abdurrahman Wahid est élu à la présidence par les députés, bénéficiant de l'hostilité des partis musulmans envers Megawati Sukarnoputri (lire ci-dessus), dont le parti est pourtant mieux représenté au Parlement. Le premier président issu du jeu démocratique est un intellectuel musulman modéré, apprécié pour ses antécédents démocratiques et un discours à contre-courant de "l'Ordre nouveau" de Suharto. Pour apaiser les partisans de Megawati, il lui confie la vice-présidence, inaugurant la tendance indonésienne aux compromis tactiques souvent peu cohérents en termes de programmes politiques.

Wahid abolit les discriminations qui frappaient les Sino-Indonésiens et leur interdisaient par exemple d'utiliser des caractères chinois. Il démantèle le ministère de l'information. Faisant de la réforme du rôle sociopolitique des Forces armées indonésiennes (TNI) l'une des priorités de son mandat, le président tente d'exploiter la rivalité entre leurs différentes branches, mais se heurte à l'hostilité de l'establishment militaire. Aux Moluques, des soldats sont soupçonnés d'attiser les violences ethnoreligieuses pour déstabiliser le régime. A Aceh, où les indépendantistes du Mouvement de libération d'Aceh (GAM) fondé en 1976, poursuivent leur guérilla et se heurtent aux TNI, Wahid recherche un compromis. Echaudé par le précédent timorais, il renonce à sa promesse d'organiser un référendum, mais des négociations s'ouvrent et débouchent, le 2 juin 2000, sur la signature d'un premier protocole d'accord. Cependant, face à la pression des indépendantistes d'un côté, au sabotage des militaires de l'autre, le cessez-le-feu achoppe en janvier 2001. Wahid se résout à accorder une loi d'autonomie spéciale, qui sera ratifiée en juillet par Megawati. Elle attribue au gouvernement local 70% des revenus issus du commerce de matières premières (hydrocarbures, minéraux) et consent à l'application de la loi islamique dans la province, porte ouverte à des revendications similaires dans d'autres régions.

Paix précipitée par le tsunami

Critiqué par les partis islamiques conservateurs, l'armée et sa propre vice-présidente, accusé de gérer le pays de manière erratique, Wahid ne parvient pas à garder la main sur sa fragile coalition parlementaire. Des déclarations brouillonnes ou impopulaires, comme l'idée d'établir des relations commerciales avec Israël, une politique économique jugée irrationnelle et des scandales financiers, érodent sa popularité. S'il conserve le soutien d'une large partie du clan traditionaliste, il a perdu son crédit de leader politique. Le 23 juillet 2001, le Parlement finit par voter sa destitution et son remplacement par Megawati. Refusée au départ par Wahid, la transition donne lieu à une démonstration de force des TNI qui stationnent 40 000 hommes à Jakarta et devant le palais présidentiel.

Rassurant la population par des accents nationalistes et ses critiques de la désorganisation de son prédécesseur, Megawati peut s'appuyer sur une forte popularité et le soutien des forces armées. Mais de nombreux défis l'attendent, des soulèvements indépendantistes en Aceh et Papouasie à la corruption généralisée de l'administration et aux fragilités d'une économie convalescente. Elle doit aussi conduire le pays aux législatives de 2004, qui se feront cette fois sans sièges réservés à l'armée.

Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, suivis des guerres menées par Washington en Afghanistan puis Irak, provoquent en outre une irruption sans précédent des questions internationales sur la scène indonésienne. Face à la colère populaire contre les différentes interventions américaines, Megawati, qui avait approuvé la riposte américaine en Afghanistan avant de se rétracter, craint pour la stabilité de son régime. Ces appréhensions sont renforcées par les attentats, revendiqués par l'organisation terroriste Jemaah Islamiyah (JI), qui ensanglantent Bali le 12 octobre 2002, faisant 202 morts. Megawati s'engouffre dans la brèche de la lutte antiterroriste pour déclarer l'état d'urgence et imposer la loi martiale à Aceh, le 19 mai. D'autres attaques frapperont Jakarta le 5 août 2003 puis le 9 septembre 2004, entre les deux tours de l'élection présidentielle.

Gagnant inattendu du premier scrutin présidentiel au suffrage universel direct, le général Susilo Bambang Yudhoyono (lire portrait p. 24) est confronté dès le 26 décembre 2004 aux conséquences du tsunami qui fait plus de 165 000 victimes dans la seule province d'Aceh. Ce désastre accélère le processus de paix qui avait été relancé à la suite des élections. L'accord obtenu le 17 juillet 2005 entre le gouvernement, l'armée et le GAM, échange amnistie contre désarmement. La popularité du mouvement - dont un ancien stratège a remporté en décembre 2006 le siège de gouverneur de la province - demeure néanmoins une source de tensions locales avec les forces armées.

Portrait: Susilo Bambang Yudhoyono

Delphine Alles

Né en 1949 dans l'est de java, Susilo Bambang Yudhoyono intègre la vie publique par la voie militaire. Il sera notamment responsable des affaires territoriales au Timor-Oriental, où il officie au moment de la délicate transition de 1999, sous les ordres du général Wiranto, alors chef des forces armées et qui sera inculpé de crimes de guerre par un tribunal timorais. "SBY" semble quant à lui s'être tenu à l'écart des violences qui ont ensanglanté la transition. C'est l'année suivante qu'il est appelé au gouvernement par le président Wahid, en tant que ministre des mines - se hissant par la même occasion au grade de général quatre étoiles. Rapidement promu au poste de ministre de la sécurité et des affaires politiques, il entre en conflit avec le président lorsque ce dernier, menacé de destitution, demande à instaurer l'état d'urgence. Mis à pied par Wahid, il est rappelé sous Megawati au poste de ministre des affaires publiques et de la sécurité, dont il démissionnera en mars 2004 à l'issue d'une altercation publique avec l'époux de cette dernière.

Loin d'entacher sa crédibilité, ces deux affaires lui permettent au contraire d'échapper à l'impopularité des deux gouvernements auxquels il a appartenu et de construire l'image d'homme de principes qui contribuera à son élection. Outsider victorieux en septembre 2004, au terme d'une campagne axée sur la lutte contre la corruption - et d'une communication efficace -, il se trouve vite confronté à d'importantes crises, du terrorisme aux catastrophes naturelles, qui réduisent le rythme des réformes envisagées. Cinq ans plus tard, le président sortant achève néanmoins son mandat sur un regain de popularité. S'il est parfois taxé d'indécision et raillé pour ses tentatives d'auteur-compositeur de musique populaire, "SBY" est parvenu à reprendre à son compte les effets de la crise économique qui, outre une diminution graduée du prix du carburant, lui permet de justifier l'emploi de fonds publics pour octroyer des aides financières directes aux plus défavorisés.

La charia par endroits

Sur le front du terrorisme, le gouvernement de Yudhoyono est confronté, le 1er octobre 2005, à une seconde série d'explosions à Bali. La série noire ne prend fin qu'avec l'arrestation de nombreux membres de la JI, parmi lesquels les principaux protagonistes des attentats de Bali, exécutés en novembre 2008 à la suite d'un procès critiqué pour ses rebondissements médiatiques mais salué comme équitable.

La question de la place de l'islam politique se pose par ailleurs avec une acuité renouvelée. Le parti islamiste modéré PKS (Partie de la justice et de la prospérité) représente la quatrième force électorale et a obtenu 8% des suffrages lors des dernières élections législatives. Il tend toutefois à se séculariser pour entrer dans le jeu démocratique et séduire une base davantage attirée par sa réputation de "propreté" que par sa rhétorique religieuse. On observe cependant un phénomène de convergence avec le reste de la scène politique, où s'opère une confessionnalisation du discours et de la norme. Les partis ne remettent plus en cause la neutralité religieuse de l'Etat (3), mais certaines mesures, comme la loi antipornographie adoptée en novembre 2008 - à l'unanimité sauf le parti de Megawati -, témoignent de cette tendance. Dans certaines localités, des réglementations introduisent des éléments de la charia, tel le port du voile ou l'interdiction de circuler la nuit pour les femmes non-accompagnées.

La crise économique, enfin, a ouvert une nouvelle ère d'incertitude. Alors que le taux de croissance était en moyenne de 6,7% depuis 2004, grâce notamment à l'exportation de matières premières, de composants électroniques et de textiles, l'inflation a provoqué des tensions en 2008. Le prix du carburant et des denrées alimentaires de base a retrouvé son niveau normal, mais l'état de l'économie demeure une source d'instabilité potentielle.

Le scrutin du 8 juillet prochain ne semble pas laisser place à des surprises considérables: dans un jeu politique peu renouvelé, le président sortant devrait assurer sa réélection. Sa marge de manoeuvre dépendra en revanche de la solidité de la coalition hétéroclite qui soutient sa candidature. Il a en effet choisi d'entrer dans la course en s'alliant au gouverneur de la Banque centrale indonésienne et ancien ministre des finances de Megawati, Boediono, gage de sérieux dans le contexte de crise économique. Vingt-trois partis soutiennent officiellement ce ticket électoral, mais la nomination d'un vice-président sans étiquette partisane a provoqué la grogne de quatre partis musulmans dont le PKS, pivots de la coalition, qui s'estiment mal représentés.

Les deux autres couples entrés dans la course peinent à séduire le public indonésien, mais leur composition est symptomatique d'une transition qui s'essouffle. On retrouve de part et d'autre l'ombre portée de "l'Ordre nouveau". L'ancienne présidente Megawati a ainsi choisi de s'allier au général Prabowo, gendre de Suharto impliqué en 1998 dans la disparition d'une dizaine de jeunes activistes démocrates puis l'orchestration des émeutes antichinoises. Le troisième ticket associe l'actuel vice-président Jusuf Kalla, représentant d'un parti Golkar hérité de Suharto et le général Wiranto, ancien chef des forces armées. La crise économique ranime une certaine nostalgie des années de croissance et de stabilité de "l'Ordre nouveau". La figure de l'ancien leader Suharto, dont le décès en janvier 2008 fut vécu comme un drame national, n'est plus un repoussoir.

A la veille de l'élection présidentielle, les Indonésiens ont besoin d'être rassurés sur la capacité du futur leader à concilier démocratie et stabilité institutionnelle tout en assurant la poursuite du combat contre la corruption, clé d'une économie fonctionnelle qui permettra au pays de s'installer durablement sur les rails du développement.

En savoir plus

La Fin de l'innocence? L'islam indonésien face à la tentation radicale, de 1967 à nos jours, par Andrée Feillard et Rémy Madinier, éd. Irasec, coll. Regards Croisés, 2006.
Indonésie: les voies de la survie, par François Raillon, éd. Belin/La Documentation française, coll. Asie Plurielle, 2007.
Indonésie: la démocratie invisible. Violence, magie et politique à Java, par Romain Bertrand, éd. Karthala (Paris), coll. Recherches internationales, 2003.

(1) Sous "l'Ordre nouveau" de Suharto, 75 sièges de députés sur 425 étaient alloués aux militaires, de même que les ministères de la défense et de l'intérieur et des postes administratifs clés. Les deux autres piliers du pouvoir étaient le parti majoritaire Golkar et l'administration.

(2)Deux grandes organisations structurent l'Islam indonésien. La Muhammadiyah, établie en 1912, (25 millions de  membres), entendait purger la religion de pratiques locales jugées anti-islamiques. Le Nahdlatul Ulama (Renaissance des oulémas), créé en 1926 (30 millions de membres), représente au contraire un islam plus syncrétique montrant une tolérance de certaines traditions javanaises. Les termes traditionnaliste et moderniste ne recoupent pas la distinction entre modérés et radicaux.

(3) Sans être laïque puisqu'elle impose la croyance en un dieu unique, la Constitution assure la liberté de culte et l'égalité entre les six religions qu'elle reconnaît: islam, protestantisme, catholicisme, bouddhisme, hindouisme, taoïsme.

Delphine Alles, Sciences Po-Céri
Alternatives Internationales n° 043 - juin 2009
 Notes

(1) Sous "l'Ordre nouveau" de Suharto, 75 sièges de députés sur 425 étaient alloués aux militaires, de même que les ministères de la défense et de l'intérieur et des postes administratifs clés. Les deux autres piliers du pouvoir étaient le parti majoritaire Golkar et l'administration.

(2)Deux grandes organisations structurent l'Islam indonésien. La Muhammadiyah, établie en 1912, (25 millions de  membres), entendait purger la religion de pratiques locales jugées anti-islamiques. Le Nahdlatul Ulama (Renaissance des oulémas), créé en 1926 (30 millions de membres), représente au contraire un islam plus syncrétique montrant une tolérance de certaines traditions javanaises. Les termes traditionnaliste et moderniste ne recoupent pas la distinction entre modérés et radicaux.

(3) Sans être laïque puisqu'elle impose la croyance en un dieu unique, la Constitution assure la liberté de culte et l'égalité entre les six religions qu'elle reconnaît: islam, protestantisme, catholicisme, bouddhisme, hindouisme, taoïsme.

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