Dossier Repères pour la prévention

La polyvalence

François Desriaux

La polyvalence est souvent présentée comme une arme anti-TMS. Elle réduirait automatiquement les contraintes du travail en les partageant: la diversité des tâches ferait travailler des groupes musculaires différents, réduisant la durée de sollicitation des mêmes muscles.

La polyvalence peut effectivement participer à la prévention du risque de TMS, mais à certaines conditions. La polyvalence permet d'abord à une entreprise d'être plus efficace en augmentant la compétence et la flexibilité de l'organisation. Ces multiples objectifs ne font pas forcément cause commune avec la réduction des facteurs de risque de TMS. Parfois, ils permettent simplement de diluer le risque, mais certaines pratiques peuvent amplifier le problème.

Ce qu'il faut savoir

La polyvalence est d'abord conçue comme un outil de gestion de la production

La flexibilité est le principal avantage attendu de la polyvalence. Elle permet de réguler le volume des effectifs en fonction des besoins de la production: séries plus courtes et plus nombreuses, réduction des délais de fabrication. Malheureusement, les exemples de polyvalence de type "bouche-trou" ne manquent pas qui dégradent les autres paramètres: qualité, conditions de travail… D'où augmentation des TMS!

La rotation sur différents postes ne garantit pas la diversité des gestes

Apparemment différents sur le plan des gestes, des postes peuvent s'avérer, après analyse, solliciter globalement les mêmes groupes musculaires. Il faut être attentif au fait qu'un poste n'est pas réductible à une gamme unique de sollicitations musculaires: des opérateurs affectés à des postes identiques peuvent être soumis à des sollicitations très différentes, parce que leurs tâches ne se révèlent pas tout à fait semblables. Une rigueur d'analyse s'impose donc qui doit aller au-delà de la seule appréciation visuelle des gestes.

Les durées d'affectation aux postes ne garantissent pas une réduction des contraintes. Elles soulèvent aussi le problème de l'apprentissage

Puisqu'il existe une relation entre durée d'exposition à une contrainte et risque, jouer sur la durée d'affectation aux postes de travail pénibles en faisant tourner les opérateurs permet de réduire le risque… Pas si simple! Si la pénibilité d'un poste croît avec la durée d'exposition, le risque de TMS ne se joue pas que dans l'effet de cumul du temps, mais aussi dans celui du cumul des postes. Des changements rapprochés peuvent exposer les opérateurs à une suite infernale de "temps d'appropriation" des postes. Dans de nombreuses situations, l'opérateur doit acquérir ou se réapproprier des habiletés gestuelles en début de poste. Il est donc illusoire de tenter de normaliser le rythme, la fréquence des rotations de poste ou leur nombre… Cela dépend des caractéristiques des postes, des tâches, mais aussi et surtout de la sensibilité individuelle.

La dimension collective doit être prise en compte

La mise en place de la polyvalence peut déstructurer un collectif existant. Un nouvel environnement demande un temps de réadaptation, car de nouvelles coopérations sont créées et un nouveau collectif de travail doit nécessairement se recomposer.

La polyvalence doit entraîner une reconnaissance du travail

La politique salariale et la définition des statuts ont un impact considérable sur la réussite d'une polyvalence. La question de la rémunération est omniprésente. Dans une organisation, il existe souvent des tâches nobles et des tâches dévalorisées. La polyvalence est confrontée à ces nuances, pas toujours reconnues et parfois implicites, qui ont un sens profond pour les opérateurs.

La polyvalence doit être intégrée à la trajectoire professionnelle de l'opérateur, afin de le rendre plus expert, de le valoriser en termes de reconnaissance du travail et derétribution.

Comment agir

La polyvalence comme outil de prévention des TMS ne peut se mettre en place qu'à certaines conditions:

  • prévoir un temps suffisant à l'apprentissage des nouveaux postes;

  • prévoir un temps suffisant à la mise en place de stratégies collectives;

  • prendre en compte les caractéristiques dimensionnelles du poste (la polyvalence accroît la diversité des populations travaillant sur un même poste); la taille peut devenir un critère de sélection non désiré;

  • prendre en compte les caractéristiques physiques des tâches (apprécier la diversité des sollicitations biomécaniques);

  • prendre en compte les caractéristiques cognitives des tâches (la complexité des postes et des contraintes risque d'atténuer l'effet préventif de la rotation).

François Desriaux
 Commentaires
delphinee-d, le 29/11/2010 à 14:30
Qu'est ce qu'une TMS ???
delphinee-d, le 29/11/2010 à 14:30
Qu'est ce qu'une TMS ???
 Commenter cet article
J'ai déjà un compte, je m'identifie :

Mot de passe oublié?

Je n'ai pas de compte, je m'inscris :

Votre email :
Les trois derniers numéros



Votre email :

Je m'abonne et je commande



Offres d’emploi
    > Voir toutes les offres

    <a href="page.php?rub=99"><img src="pics/fr/mes-achats.gif" alt="Mes achats">

    Santé & Travail : Contacts | Qui sommes-nous ? | Informations légales | Signaler un contenu illicite
    Abonnements : 12 rue du Cap Vert 21800 Quetigny - Tel 03 80 48 10 25 - Fax 03 80 48 10 34 - accès au formulaire de contact
    Rédaction - Santé & Travail : Service information de la Mutualité française - 255, rue de Vaugirard - 75719 Paris Cedex 15
    01 40 43 33 70 - accès au formulaire de contact
    © Santé & Travail. Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées sur ce site est soumise à
    l’autorisation de : Santé & Travail. Ce site fait l’objet d’une déclaration auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés sous le numéro 821101
    Accueil